A chaque expérience, tire une leçon positive!

A chaque expérience, tire une leçon positive!

A chaque expérience, tire une leçon positive! Nous sommes le 17 septembre 2019 à l'aéroport de Newark(New Jersey), à moins d'une dizaine de minutes du prochain vol pour le Togo, mon compagnon de voyage et moi venons d’atterir à Miami. J'étais impatiente d'aller finalement découvrir la mère-patrie!
-Madame, votre passeport et le numéro de confirmation?
Quelques secondes après:
-Madame, nous n’acceptons plus de bagages, vous êtes arrivés en retard. Moi: Madame, nous allons au Bénin, nous ne pouvons pas rater ce vol, c’est l’avion qui est arrivé quasi en retard, par contre nous étions à l'heure.
Tandis que nous patientons, elle passe un appel.
Moi: Madame, pour vous faciliter la tâche, il a un carry et moi un bagage, nous allons les associer, comme cela vous pourrez enregistrer un seul bagage pour nous.
Elle accepte et une fois l'enregistrement terminé nous enjoint de nous dépêcher. On va fermer le Gate
Nous courons à bout de soufle du Terminal 1 jusqu'au terminal 3 et sommes les derniers à rentrer dans l'avion! Gros ouf de soulagement.
Après 12 heures de vol, nous sommes le 18 septembre, à 11h15 AM (heure du Togo) l'avion atterrit enfin! Nous sommes en Afrique! me dis-je avec un grand sourire. Je viens découvrir la terre de mes aïeux !!
Nous trouvons l'ami venu nous accueillir. Ensuite commence les formalités administratives, nous passons à l’immigration pour tous les processus de contrôle.
Certains de ceux qui avaient déjà visité Haiti sont contents de nous voir et nous souhaitent la bienvenue. D’autres ont l’air plutôt curieux, ils nous regardent sans relâche, surtout lorsque nous parlons en créole, ils ne comprennent rien en réalité.
Tous mes compagnons de voyage récupèrent leur bagages et je constate que le nôtre n'est pas là. Quinze minutes s'écoulent, je ne vois toujours pas la valise. Je m' adresse à des employés de l'aéroport, la réponse est désolante: "Madame, il n'y a plus de de bagages dans la soute de l’avion."
Je suis anéantie! Je dois passer une semaine ici, je dois rencontrer des autorités, des amis. Comment vais-je faire? Il fallait impérativement informer le service aéroportaire compétent. Je réponds à leurs multiples questions et mon interlocuteur me demande de remplir certaines fiches pour les modalités du suivi. Mes camarades togolais de l’Ecole Supérieure de la Francophonie pour l’Administration et le Management(ESFAM) étaient également de la partie. Ils avaient effectué le déplacement pour l'aéroport. Je leur raconte ce qui s'est passé. Ils me proposent d'aller découvrir la cuisine togolaise, plus tard on avisera sur comment résoudre le problème. En arrivant au restaurant, je n'arrive pas à manger, je suis un peu stressée, réfléchissant à ce que je devrais faire.
J’appelle mes amis du Bénin pour leur expliquer notre retard. Ils nous attendaient déjà à l'entrée de la ville depuis plus de trois heures. Ils sont désolés et me promettent de trouver une solution à notre arrivée. Je suis quand même inquiète et commence à m'imaginer comment se passera tout le sejour ici, surtout que mon budget était limité. J'appelle une fois de plus mes amis du Bénin , mais leur réponse à mon avis n'est pas rassurante. Je dois me résoudre à aller au Bénin, accepter que la valise s'est volatilisée et trouver un plan B.
18 septembre 2019, 22h (heure du Bénin) Nous sommes arrivés, l'accueil est chaleureux et l'ambiance bon enfant. Malgré toute cette atmosphère d'allégresse, une seule question traverse mes pensées: quelle tenue mettrai-je pour les différentes réunions, la conférence? Mes amies béninoises me font une grosse surprise, elles m'apportent des vêtements! Je n'aurai pas à garder la seule que je portais!
Le lendemain, 19 septembre 2019, je débute la journée avec la rencontre de certaines autorités de la ville. A chaque rencontre, je sors la même phrase: "Veuillez m’excuser pour ma tenue, j'ai perdu ma valise!” Partout mes baskets m'accompagnent. Cela me rappelle automatiquement de merveilleux souvenirs passés à Sofia lors de mes études.
La conférence c’est pour le 21 septembre, le jour J! -Akouessi, je ne peux pas présenter Demwazèl avec cette tenue, ce serait ne pas respecter les invités, il me faut une tenue descente et faire bonne impression, surtout que c'est notre première fois ici. -Marcna, j'ai des pagnes , nous irons les faire coudre à Porto-Novo, me répond-elle. Je suis heureuse d'apprendre cette bonne nouvelle!!!
Le vendredi, un jour avant l’évènement, la journée est surchargée, des rencontres, des émissions avec les journalistes de la ville, etc.. Mes baskets m'accompagnent partout!
Enfin il est 22 heures lorsque nous nous rendons à Porto-Novo pour récupérer les habits. Mais c’est pas fini, dis-je à Akouessi, tu m'as trouvé une solution pour les chaussures ? -Marcna, je n’arrive pas à trouver ta pointure. J'ai même demandé de l’aide à certaines amies, mais on n'a rien trouvé.
Bon le jour J arrive enfin, qu’il pleuve, qu’il neige, je dois me présenter, je dois faire une bonne impression, c’est l’avenir de Demwazèl qui est en jeu. Je prends une petite pause, je me rappelle, que je portais souvent des baskets avec une robe à Sofia. Mais il s'agit de deux pays, deux continents, deux cultures différentes.
Que vont penser les béninois? Les médias, surtout les radios parlent de la présence de Demwazèl ici depuis près d’un mois. Beaucoup de gens ont envie de me connaître, ils sont excités à l'idée de rencontrer la fille haïtienne, qui présentera une plateforme haïtienne. On m'a même annoncé la présence de certaines autorités. Je suis de plus en plus stressée, mon taux d'adrénaline est au top tandis que l’heure avance. J'entre dans la chambre et me tiens devant un miroir en soliloquant: ” Marcna, pa kite tenis lan fè w rate opòtinite pou fè Demwazèl louvri yon lòt paj nan listwa l!”( Marcna ne laisse pas tes chaussures gâcher l'opportunité d'ouvrir cette porte pour Demwazèl!)
Boom ! L’heure est arrivée, je dois être ponctuelle car je dois répondre à des entrevues avant la conférence.
Pour m'encourager, ma petite soeur béninoise qui s'est occupée de mes cheveux elle m'embrasse en me disant: “ Je crois en toi, ce que tu as dans ta tête est plus important que ce que tu portes. Marcna tu es jolie, j’aime bien ce style robe et baskets. Tout va bien se passer, je suis fière de toi.”
Ces petits mots de réconfort m’ont motivé davantage à combattre toutes les peurs qui m'envahissaient et à présenter Demwazèl. Je la demande même de me prendre en photo. Je poste une première photo sur ma page Facebook (mais coupe au niveau de mes pieds) pour annoncer la conférence. Des likes, des commentaires ça et là pour me féliciter! Dans la soirée, je poste finalement quelques photos sur mon statut whatsapp, les réactions pleuvent ! Pour certains amis, c’est une déception. Je reçois des messages du genre:"Ou t ap fre si w pat gen tenis lan... Marcna ou patka met yon bèl talon pito?”
Pour d’autres qui se souciaient surtout de ce qui s’était passé, j'ai reçu des félicitations pour ce beau style: robe et baskets.
Même les beninoises ont aimé ce style, certaines m'ont chuchoté que ma robe africaine et mes baskets m'allaient parfaitement. La journée a été un succès.
Ce que j'ai pu apprendre, dans chaque expérience, c'est qu'il faut regarder le bon côté des choses, ne pas laisser un évènement quelconque te faire abandonner des années de sacrifices mais le prendre comme booster pour avancer. Pour reprendre les phrases de ma soeur béninoise :" Ce que tu as dans ta tête est plus important de ce que tu portes!" Il faut apprendre à focaliser les gens sur ton objectif que sur l'extérieur!
A chaque fois que tu veux te décourager, regarde combien de personnes autour de toi te font confiance." Je n'avais pas abandonné parce que l’avenir de Demwazèl reposait sur moi, mes collaboratrices croyaient en moi.
Pareilles situations nous aident à mieux connaître toutes les personnes qui nous entourent au quotidien ! Ceux qui sont là pour critiquer, ceux qui attendent un faux pas de toi pour s'esclaffer, ceux qui malgré tout resteront à tes côtés, ceux aussi qui viendront à ton aide et ceux également qui ignorent tes appels et tes messages, mais qui viendront te féliciter par la suite.
A tous ceux qui avaient aidé Demwazèl à organiser ce voyage pour faire entendre nos voix contre la marginalisation des filles, j'en profite pour vous dire merci! Vos noms sont inscrits dans l’histoire de Demwazèl.
A mon team Demwazèl, merci les filles! J'étais seule au Bénin physiquement, mais vous étiez avec moi en esprit. Merci pour vos nuits sans sommeil pour m’aider à préparer les conférences et les émissions. Merci d’avoir choisi d’impacter notre génération avec vos histoires.
A l’ONG Mata-Yara qui m'a accueilli, aux amis béninois qui ont fait le nécessaire pour que mon séjour se passe bien, aux journalistes et aux médias béninois, je vous dis merci !!!
« Désormais le Bénin est ton 2e pays », la dernière phrase que j'ai retenu de vous avant mon départ! L'aventure de Demwazèl ne fait que commencer.
Donnons du Zèle à nos Elles!