Story de Nerlyne Morel

Story de Nerlyne Morel

Je viens d’un milieu dit populaire d’Haiti, comme dans la majorité des zones devenues populaires, elles sont surpeuplées, « avek anpil jen ti fi byen potan ». De mon enfance jusqu’à nos jours, j’ai assisté à la défaillance des jeunes femmes de mon âge. Des jeunes qui jadis étaient mes camarades de jeux, sont actuellement des filles mères sans emploi, sans moyen de subvenir au besoin de leurs progénitures. La majorité des jeunes filles que je connaissais et même celles que je côtoyais durant mon adolescence sont aujourd’hui mendiantes ou elles subissent le phénomène « madan papa », c’est-à-dire, elles sont obligées de coucher avec des hommes d’âges mures pour de l’argent. Elles appartiennent désormais à la catégorie des « limena »; celles qui se prostituent sur les réseaux sociaux avec le phénomène « diaspora ». Voici l’histoire sombre des jeunes filles de mon quartier.

La large gamme la plus touchée par ce phénomène sont les plus jeunes, celles comprises entre 15- 20 ans, à peine conscientes de leurs féminités, elles deviennent la cible des hommes mariés du même quartier. Ce sont celles que leurs mères prostituent pour la survie familiale. Malheureusement, ces pratiques sont monnaie courante en Haïti. Dans cette liste non exhaustive s’ajoute celles qui ont mis fin à leurs études parce que leurs parents ne pouvaient plus payer leurs scolarité, sans oublier celles qui doivent rester à la maison pour s’occuper des plus jeunes.

Être jeune et assister à toute cette érosion générationnelle, ne nous laisse pas indifférent. Face à cette perte des nôtres, certaines questions méritent des éléments réponses après approfondissement du sujet. Quel a été le déclic des jeunes filles de mon quartier? Comment ont-elles pu changer en si peu de temps? J’ai pu conclure que l’adolescence est la période la plus importante dans la vie d’une personne. A ce stade on est amené à prendre des décisions; à faire divers choix; ceux ci déterminent la direction que prendra plus tard le cours de notre vie. Ces jeunes ont fait des choix, ou elles ont été obligé d’en faire, soit d’un côté elles n’ont pas été préparées à cet effet, et de l’autre elles n’ont pas eu assez d’encadrement pour bien grandir, mais également par manque d’une référence. Comme le soulignait Martin Luther KING,un bâtiment est mieux construit qu’avec un plan bien élaboré, détaillé et solide.

Voilà pourquoi, Je m’intéresse aux jeunes filles, loin de moi l’idée de prétendre à moi seule éradiquer ce phénomène; il faut agir, il faut mener des actions, il faut commencer à aider à ce stade pour espérer un moindre changement: ceux qui ont le privilège de connaitre, doivent avoir le devant d’agir (Albert Einstein). D’où DEMWAZEL et ces objectifs Judicieux. J’ai fait le choix de me battre pour elles, puisqu’elles sont le présent et l’avenir; j’ai choisi de les former, de les pousser et les soutenir. Mon souhait le plus ardent est de voir Demwazel toucher le maximum de jeune fille en Haïti, pour ne pas dire essayer de changer leurs vies, leurs parler de leur rôle entant que jeunes, leurs valeurs, leurs limites, leurs sexualités. La nouvelle génération doit normalement ne pas commettre les erreurs de la précédente, les choses doivent changer.

Telles sont les principales raisons de mon combat, un combat rude, fragile mais utile et très urgent.