Story de Marcna Pierre

Story de Marcna Pierre

A Port-de-Paix là où j’ai grandi, il était fréquent d’apprendre qu’une fille entre 14ans et 16 ans est tombée précocement enceinte ; Quand la grossesse survient, deux options se présentent : la fille rejoint l’auteur ou les parents s’en occupent. Le plus dur c’est que pour la plupart des cas observés, bon nombre de ces filles abandonnaient l’école au triste sort de leur lendemain qui se transforme dès lors à un infernal calvaire. Pourquoi tombaient-elles enceinte sans le vouloir pourtant ? Je me posais très souvent cette question.

Et tout a commencé par cette simple curiosité, cette observation, cette interrogation, on ne peut plus taraudante. Cette envie de comprendre les choses qui se font, qui se construisent autour de moi me rongeaient telle que plus jamais je ne m’en étais passée. Même après mes études au niveau de la maitrise.

Puis en échangeant avec certaines amies, elles m’ont risqué une réponse : « Ces filles tombaient si précocement enceinte parce qu’elles ne sont pas mieux informées sur les changements qui s’opéraient sur leur corps. Et tout à coup, un autre questionnement surgit : comment faire face à ces modifications et surtout que retenir de ce que disent les parents, le professeur, les amis à l’école, les voisins du quartier… ».

Mon engagement est né de cette désillusion. Les adolescentes ne tombaient pas enceinte parce qu’elles étaient inconscientes, ou sans pudeur comme le pensaient les gens. Non !  Ce n’est que le résultat de tout un processus de socialisation et d’une approche sur le plan éducatif qu’elles ont reçu, adopté et intériorisé. Elles n’ont pas toutes les informations sur leur sexualité et ne savaient pas comment faire des choix sains.

Cependant malgré leur condition déjà alarmante, elles sont les premières à être insultées, discriminées, dévalorisées, données en mariage précoce, contraintes et réduites au silence, incapables de dénoncer.

J’étais révoltée en silence surtout après que ma grande sœur s’est retrouvée dans cette situation en 2012. Après l’obtention de mon master en 2018, je me suis faite la promesse de m’outiller davantage et de retourner à Port-de-Paix pour aider, informer et lutter contre cette ignorance, et ce fléau qui nuit au plein épanouissement de nos jeunes filles haïtiennes vivant dans les campagnes reculées du pays